Contrôle du prix du livre, bientôt la fin ?

Written by Aurelien Veron  //  4 septembre 2009  //  Culture, Société Civile  //  No comments

Jack Lang, le responsable du prix du livre trop cher en France

La loi Lang du 10 août 1981 a instauré, pour des raisons confuses (et à l’efficacité très contestables) de protection de la pluralité littéraire (réaction élitiste qui craint de voir la lecture se réduire aux best sellers) et des 4000 libraires, le contrôle des prix du livre. Fixé librement par l’éditeur, il n’est pas négociable au-delà de 5 % sous la forme de promotions, de rabais. (sauf l’Etat qui, depuis 2001, s’est autorisé à négocier une marge de 9 % de rabais, mais c’est avec notre argent, on ne va pas trop se plaindre de ce privilège supplémentaire). Alors que ce principe est absolument prohibé dans les autres secteurs, l’exception culturelle permet au monde de livre de s’éxonérer de cette règle élémentaire du commerce. Donc le lecteur devra payer le livre au prix fort, mais c’est pour son bien. Et s’il veut payer moins cher, il n’aura qu’à attendre la sortie en livre de poche, format pratique aux heures de pointe dans les bétaillères de la RATP, mais pas franchement agréable ailleurs.

Or, l’évolution de la « consommation culturelle » a évolué, et les grandes surfaces comme la FNAC sont devenues des pôles d’attraction importants. On y passe des livres aux disques, à la Hifi et au téléviseur. Or, la FNAC peut négocier des prix d’achat largement plus bas auprès des éditeurs. La loi a garanti à ce réseau une marge confortable qu’aucun libraire indépendant ne pouvait connaître, contribuant à son développement rapide dans les zones urbaines importantes. La taille a donc continué à jouer en faveur des plus gros. Les grandes surfaces, elles, ont continué à vendre un choix limité de best sellers… au prix fort.

Et puis l’arrivée d’Internet a chamboulé tout ça. Amazon permet d’acheter sans effort de chez soi, les conseils et critiques interactives sont plutôt bons. Les ventes d’occasion en ligne ont encore sappé la position des petits libraires (à ce sujet, je n’ai jamais compris l’intérêt de défendre les petits libraires, parfois moins bons conseillers que les vendeurs de la FNAC, et au choix limité). Une technologie en cours de perfectionnement devrait porter un nouveau coup aux libraires : le livre électronique. Déjà, Google se bat pour diffuser des millions de livres numérisés sans ayant-droits. Demqin, tous les livres seront distribués en ligne, gratuitement ou non. Sans papier à acheter, à imprimer et à distribuer physiquement, le coût de production du livre va fortement réduire. Son prix va devoir suivre. Le téléchargement. va évidemment se développer Le modèle économique du livre va devoir évoluer très vite par nécessité, comme pour la musique et les films. Le modèle répressif étant de moins en moins efficace et de moins en moins populaire, la pression électorale l’emportera un jour sur celle des corporations culturelles.

La question sera alors de savoir de quoi pourront vivre les auteurs…et les éditeurs ? Ils ne peuvent organiser de concerts comme les musiciens et les chanteurs (quoique, la lecture sur scène est devenue un genre), ils ne peuvent vivre des recettes des salles de cinéma comme les films. Que pourront-ils faire payer pour se garantir des revenus raisonnables ?

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