L’exception culturelle en France : une mort annoncée ?

Written by Aurelien Veron  //  14 juillet 2009  //  Culture, Société Civile  //  1 Comment

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Scandale dans le microcosme culturel français. Time Magazine a choisi une confrontation directe avec la création française. On peut dire que l’article « The Death of French Culture«  fait des remous en France. Cette revue internationalement reconnue met sur la table les arguments habituels, ceux que l’intelligentsia parisienne nie systématiquement. Après un bilan un peu noirci, et avant une fin plus lumineuse et optimiste, l’analyse est rude :

 

L’exception culturelle française est avant tout un concept protectionniste, sinon nationaliste. Ce sentiment est d’autant plus fort que la Culture est utilisée comme un outil politique, tant sur le plan intérieur qu’à l’étranger au nom du « rayonnement de la France » :

France has led the charge for a « cultural exception » that would allow governments to keep out foreign entertainment products while subsidizing their own. French officials, who believe such protectionism is essential for saving cultural diversity from the Hollywood juggernaut, once condemned Steven Spielberg’s 1993 Jurassic Park as a « threat to French identity. » They succeeded in enshrining the « cultural exception » concept in a 2005 UNESCO agreement, and regularly fight for it in international trade negotiations.

 

L’art de la fin du XIXeme siècle et du XXeme siècle a cherché à s’émanciper de l’Etat et du pouvoir. Malraux a tenté un retour subtil de l’Etat comme grand mécène. Jack Lang a remis l’Etat au coeur de la politique culturelle, quitte à aboutir à de nouvelles formes de normes académiques contemporaines. En tout cas, l’art est à nouveau sous la tutelle du pouvoir dans notre pays.

« A lot of French artists were created in opposition to the education system, » says Christophe Boïcos, a Paris art lecturer and gallery owner. « Romantics, Impressionists, Modernists — they were rebels against the academic standards of their day. But those standards were quite high and contributed to the impressive quality of the artists who rebelled against them. »

Effet pervers de la reprise en main du secteur de la création par l’Etat et ses 11.000 fonctionnaires de la culture, les Français ne sont pas tentés de s’y impliquer eux-mêmes. Le régime des fondations, l’un des plus stricts au monde, leur impose la présence d’un représentant de l’Etat au conseil d’administration. Pourtant, partout dans le monde, c’est l’argent du secteur libre, privé, qui fait vivre la création pour l’essentiel. Quoi qu’on pense de l’état actuel de notre création, cette analyse n’en reste pas moins fondée. Art libre = argent libre.

Another problem may be the subsidies, which critics say ensure mediocrity. In his widely discussed 2006 book On Culture in America, former French cultural attaché Frédéric Martel marvels at how the U.S. can produce so much « high » culture of lofty quality with hardly any government support. He concludes that subsidy policies like France’s discourage private participants — and money — from entering the cultural space. Martel observes: « If the Culture Ministry is nowhere to be found, cultural life is everywhere. »

Enfin, la notion commerciale reste un grand tabou dans le monde de la culture. Une pièce, un film ou un livre à succès, c’est dégradant. Ce principe constamment défendu par cette intelligentsia isolée du « grand public », dont elle a une tendance à mépriser ouvertement les goûts, vise à rompre le lien entre l’artiste et le public. L’artiste ne doit pas penser au public, à son public, bref à la demande. La culture n’est pas une marchandise comme les autres. L’artiste subit donc davantage les normes établies par son microcosme fermé, par les serviteurs de l’Etat qui, le cas échéant, lui assurent sa pitance. Personne ne peut nier la distinction évidente qui sépare la culture-loisir de la culture-exigence, même si la frontière est difficile à fixer tant chacun peut la déplacer à sa guise. mais cela ne change rien au principe général. A chaque segment de trouver son public…donc son financement, qu’il provienne de ventes au détail ou du mécénat.

Plus important, ériger des barrières entre les différentes cultures pour protéger les unes des autres, c’est limiter arbitrairement la libre circulation des idées et de la création selon des critères très arbitraires. Un film produit en France et joué par des acteurs français sur notre territoire n’est-il pas français parce qu’il est financé par des capitaux étrangers ? Un peintre qui a vécu toute sa vie à New York est-il encore français ? En privilégiant un certain périmètre au détriment du reste, on limite l’émulation et la diversité. On fragilise la vitalité culturelle qui, heureusement, a suffisamment de ressource pour ne pas s’éteindre. Il est temps de remettre en question notre Etat culturel afin de redonner son essort à la création.

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